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  • : 1 milliard de Chinois... et moi!
  • 1 milliard de Chinois... et moi!
  • : étudiant Shanghai Tongji Voyages
  • : Prenez un étudiant d'école de commerce Franco-Canado-Sud Africain assimilé Chinois. Balancez le à l'autre bout du monde pour un an et demi. Rajoutez deux camarades de promotion légèrement disfonctionnels. Prenez soin de peler la couche d'inhibition, ajoutez une bonne dose d'enthousiasme, un peu de sauce soja et mélangez bien. Vous obtenez un condensé d'imprévu au fort arrière goût de n'importe quoi.
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 16:19

Amis amis, il est temps de sortir ma plume virtuelle de sa retraite forcée pour nous narrer une aventure tenant de l'épique et du pastoral: mon Golden week trek au milieu de nul part.

Sauf à avoir passé les derniers mois en isolement total, vous n'êtes pas sans savoir que la Republique Populaire de Chine  et son peuple viennent tout juste de fêter leurs noces de diamant (60 ans donc). A cette occasion, et comme tous les ans à la même date, le gouvernement Chinois gratifie ses administrés d'une semaine de vacances bien méritée qui offre une chance à 1,3 milliards de Chinois de se mettre simultanément en mouvement dans une transposition asiatique de l'exode qui ferait passer la retraite française de la campagne de Russie pour un déplacement ma foi fort ordonné. Vous l'aurez compris, la Golden Week c'est un chahut indescriptible qui chaque année met à rude épreuve les infrastructures routières, ferroviaires et aériennes du pays; une immense fresque biblique mettant en scène des millions d'êtres humains, chacun aspirant soit à rentrer dans sa terre natale soit à découvrir les trésors culturels et touristique de l'empire du milieu.

C'est dans ce contexte que Pierre (alias "Welufu" ou "Jamy"), grand scientifique et camarade de classe de son état, et moi même entreprîmes de partir découvrir la Chine, la vraie, celle qui ne fait pas la une de The Economist et qui n’indexe pas son moral sur les fluctuations de la bourse de Shenzen (et accessoirement où personne ne viendra nous agiter "Copy watch" "Copy Rolex" et autres "DVD" dans la figure à chaque coin de rue). 

Le choix se porta vite sur un circuit évitant soigneusement les flots de touristes qui devait nous faire découvrir certaines des plus belles montagnes de l'Est Chinois. Le cœur léger et l'allégresse en bandoulière nous planifiâmes sommairement notre séjour et partîmes tente sur le dos à la découverte de ce qui se cachait derrière la façade brillante de verre et d'acier.

Nous nous retrouvâmes donc le samedi 3 octobre à 20h à la Hutai Road Long-Distance Bus Station à attendre le bus de 20h20 qui devait nous mener jusqu'à Cixi dans la province de l'Anhui. 

L’esprit de notre voyage se trouvait encapsulé dans notre moyen de transport : archaïque, authentique et un brin dangereux. Prendre le bus en Chine constitue en effet une expérience en soi. Se retrouver coincé au milieu de Chinois rentrant dans leur village natal chargés de sacs plastiques géants remplis de denrées alimentaires et parfois même d’animaux vivants, assister à une partie de cartes enfumée et endiablée engagée pour tuer la monotonie du voyage, entamer la conversation avec des individus n’ayant jamais été en contact aussi direct avec des laowais pour se voir vanter la beauté de Carla Bruni (Sa Ke Qi de airen) ; tout cela participe à construire petit à petit le socle d’un voyage fort insolite. A chaque pause se formait autour de nous un agglutinement de Chinois curieux de savoir ce que 2 laowais Français pouvaient bien faire dans le bus de 20h20 pour Cixi (ville industrielle n’offrant, soit dit en passant, aucune distraction aux touristes) et heureux de nous offrir cigarette sur cigarette en signe d’hospitalité.




Après 6 heures de voyage d’un confort variable et inversement proportionnel au temps passé sur la route nous atteignîmes Cixi à 2h du matin passées. Dès notre descente se posa la question pressante du logement : n’ayant aucune réservation dans un hôtel et ambitionnant de partir dés 5h du matin pour le point de départ de notre randonnée nous nous mîmes en quête d’oncques banc public pour nous reposer quelques heures. La perspective de passer la nuit dehors dans le froid des montagnes chinoises n’était guère réjouissante mais aucune alternative ne s’offrait à nous jusqu’à ce que le providentiel Shifu (chauffeur ou « maître ») de bus nous proposa de passer la nuit dans le car qui ne devait repartir que le lendemain matin. C’est donc dans cet abri inattendu mais appréciable que nous avons passé notre première nuit hors de Shanghai depuis notre arrivée en Chine.

Ressourcés et frais comme des gardons (littéralement parlant, le thermomètre indiquant 2 degrés) nous avions à cœur de faire le plein de calories en prévision de la marche à venir et nous remplîmes l’estomac de nouilles, riz frit et autres raviolis dans le restaurant le plus huppé de la ville.


C’est ainsi rassasiés que nous montâmes à bord du minibus qui devait nous emmener pour Fulin, minuscule village perdu dans les montagnes qui constituait le point de départ de notre longue marche à nous. Si le bus depuis Shanghai nous avait paru atypique, le minibus pour Fulin donnait lui carrément dans le n’importe quoi : mesures de sécurité inexistantes, capacité d’accueil extensible (de 10 à 50 passagers) et porte au système de fermeture plus que perfectible.  Ne vous méprenez pas, loin de moi l’idée de me plaindre de ces petits imprévus, ils sont au contraire ce qui structure les souvenirs inoubliables et donne envie de partir plus avant à la découverte de l’arrière pays asiatique.

Arrivés à Fulin nous fîmes notre première rencontre d’importance : un vieux monsieur (appelons le Chang par commodité, son vrai nom nous étant inconnu) en voyant notre air perdu nous proposa aimablement de nous accompagner jusqu’au point de départ de la piste. Heureux et surpris nous le suivîmes et, dans ses pas, nous découvrîmes Fulin Village, lieu où le temps semble s’être arrêté il y a 40 ans, où les animaux sont plus nombreux que les humains dans la rue et où la venue d’étrangers attire aux fenêtres et balcons tout une population pour qui les montagnes environnantes représentent les frontières du monde connu.

 

Un mot peut être sur la piste que nous étions sur le point d’emprunter : la piste appelée HuiHang Gudao (où Ancient Hui Hang Caravan Trail) est une ancienne piste qu’empruntaient les caravanes qui jadis transportaient du thé depuis la province de l’Anhui à celle du Zhejiang.


Loin de se contenter de nous montrer la piste, notre bon Chang nous expliqua qu’il ferait une portion de chemin en notre compagnie (l’homme habitant, à ce que nous avions compris, dans les montagnes) et se mit à cœur de nous offrir une véritable leçon de randonnée ! Apparemment habitué à la route, Chang grimpait comme un cabris et n’offrait que la vue de son dos à nous autres pauvres laowais inaccoutumés au relief et portant nous lourds sacs comme des boulets. Mis à part l’humiliation qu’il nous infligeait, Chang se révéla être un Language Partner fort intéressant et nous toucha par sa gentillesse et son désir manifeste de nous faire découvrir les montagnes qu’il connaissait tant. C’est avec regret que nous nous séparâmes de lui après 3 heures de marche.




Comme vous pouvez le voir à la vue des photos ci publiées, la marche nous offrit de magnifiques paysages dont certains ressemblaient fort aux Alpes bien de chez nous, impression renforcée par la présence de troupeaux de vache…



Une fois terminée la piste nous nous trouvâmes dans un hameau perdu d’où, selon nos indications plus que lacunaires, nous devions trouver un moyen de transport jusqu’à Hangzhou… Chose qui s’annonçait fort malaisée puisque l’on me signifiât vite que le prochain bus pour la destination suscitée ne devait partir que le lendemain (et encore, le fort accent de nos interlocuteurs ne nous permettait pas d’en avoir la certitude). Perdus dans un village montagnard sans moyen de transport, un moment de flottement passa durant lequel nous contemplâmes brièvement nos options d’hébergement (tente ou tente) pour la nuit. Finalement notre salut arriva sous la forme d’un jeune couple de Chinois à qui nous avions plus tôt dans la journée demandé notre chemin et qui négocia avec un habitant du village un transport jusqu’à une ville inconnue d’où un minibus inconnu nous emmènerait jusqu’à une autre ville depuis laquelle nous pourrions emprunter un hypothétique car vers Hangzhou…


Guidés par nos nouveaux amis, nous réussîmes par oncques combinaison de car/marche/minibus à atteindre Hangzhou sur les coups de 21h.


Pour comprendre notre état d’esprit à notre arrivée à Hangzhou, il faut saisir que si aller se perdre dans les montagnes chinoises sans cartes ni GPS avec pour tout guide une feuille d’indications d’une précision inconnue peut paraître stupide ; arriver à Hangzhou en pleine Golden Week à 21h sans réservation d’hôtel avec un budget avoisinant X-1 avec X tendant vers 1 relève de l’inconscience la plus patente…


C’est avec un vague sentiment de résignation à l’idée de dormir dehors (Hangzhou possède de magnifiques bancs publics) que nous prîmes la direction du centre ville à la recherche d'un hôtel. Sur le chemin, notre regard fut happé par les néons dessinant les mots « Youth hostel » dans la moiteur de la nuit Chinoise. Aussitôt nous bondîmes de notre véhicule pour nous enquérir de la disponibilité de chambres (sans trop de conviction il faut l’avouer). Quelle ne fut pas notre surprise lorsque la réceptionniste nous informa de la disponibilité d’une chambre double pour la nuit ! C’est donc à l’abri et au chaud que nous allions passer la nuit !


Comble de la chance : l’auberge en question (découverte je le rappelle de la façon la plus fortuite qui soit) était situé juste au bord du lac de Hangzhou qui constitue la principale attraction de la ville et autour duquel s’étend un magnifique parc parmi les plus célèbres de Chine. Nous avons donc sacrifié une heure à une délicieuse promenade nocturne autour du lac que nous eûmes tout à loisir de voir de jour le lendemain matin lors du petit déjeuner.



Après une nuit de sommeil et une douche réparatrices il était temps de mettre Hangzhou derrière nous, direction Zhuji. De là nous payâmes les services d’un taxi pour atteindre LiaoZhai, bourg perdu d’où devait commencer notre deuxième marche.


Si la Hui Hang Caravan Trail nous avait offert des paysages similaires aux Alpes bien de chez nous,  Dongbai Shan nous transporta au beau milieu d’un cadre tropical. A perte de vue se déroulait un vaste tapis de bambous et de forêts luxuriantes d’un vert brillant d’humidité.  Par endroits, des plantations de thé bien ordonnées strillaient la montagne, contrastant avec l’aspect touffu de la végétation environnante.


A mi chemin (et après une petite baignade dans un torrent sous le regard étonné de randonneurs locaux), nous mîmes au repos nos corps endoloris dans un minuscule village de planteurs de thé qui nous gratifièrent d’une tasse de la boisson locale (du thé donc).


Le soir venu, surpris par la nuit et désorientés par les indications contradictoires de notre road map, nous plantâmes (où plutôt jetâmes) notre tente sur la première parcelle praticable qui s’offrait à nous… Il s’avéra au final que le lieu servait de point de passage à plusieurs chiens errants dont les grognements contribuèrent à rendre ma nuit assez peu confortable…


Le lendemain, une autre mission potentiellement périlleuse s’offrait à nous : faire de l’autostop pour atteindre Dongyang d’où un bus devait nous ramener à la civilisation Shanghaienne. L’exercice fut finalement plutôt aisé et c’est à l’arrière du véhicule d’un jeune couple, bercés par un savant mix de techno chinoise que nous rejoignîmes Donyang.


Plusieurs superlatifs sont souvent utilisés (la plus part du temps à mauvais escient) pour définir la chine du 21eme siècle. Néanmoins si un terme et un seul devait être choisi pour décrire Donyang, ce terme serait sans conteste : Rien.


Rien, rien, rien. A Donyang, il n’y a rien. Ni parc, ni musée, ni quartier historique, ni centre commercial… rien rien rien rien rien de rien. Cette ville industrielle de l’Est Chinois n’abrite strictement rien d’intérêt.  Ironie du destin : c’est dans cet empire du néant que nous devions attendre durant plus de 7 heures notre car pour Shanghai… Après 1h30 de vagabondage dans un dédale de rue fades qui feraient passer le parvis de la préfecture de Cergy Pontoise pour Times Square et un repas insipide à Reboo Restaurant (Cf photo ci dessous) nous entrâmes dans un cybercafé pour n’en sortir que 3h30 plus tard… 



Quelques heures de car plus tard, nous voici enfin revenu à Shanghai après 3 jours d’aventure et d’imprévus surmontés avec juste ce qu’il faut de chance et de brio.


Que retenir de ce voyage ? C’est très simple :


-Pierre peut dormir dans n’importe quel environnement

-La femme de Sarkozy est jolie

-Les bus chinois sont une destination à part entière

-Les vaches ne m’aiment pas

-Les vieux chinois sont d’excellents grimpeurs

-Il n’y a rien à Donyang

-La chine, c’est très joli


C’est sur ces maximes d’une profondeur insondable que je vous salue bien !

 


Par Kevin - Publié dans : Insolite
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