Mardi 2 février 2010
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11:13
Dans le sud de notre belle France, les cigales chantent et sont l'inévitable toile de fond des souvenirs et images chantant la Provence et humant bon la lavande (peu
chère! me sens-je obligé d'ajouter). En chine, ces charmants insectes sont les catalyseurs des passions joueuses des locaux.
Interlude: dans cette article, je m'en référerai par le terme de "criquet" de façon indiscriminée et très probablement erronée aux sauterelles, criquets, grillons et autres cigales, jetant
ainsi impitoyablement dans le Huangpu la rigueur et l'exactitude scientifique. La différence entre ces différents insectes m'ayant été expliquée dans un Chinois des campagnes, on me pardonnera les
quelques libertés que je prendrai.
Par un frais mais néanmoins charmant dimanche après midi annonciateur de l'hiver à venir, il me vint à l'idée d'aller mener à bien un projet qui depuis longtemps trottait dans mon esprit: aller au
marché aux animaux pour m'y acheter onques bestioles. C'est donc porté par ma curiosité et avec résolution que je découvrit le fameux marché: un gigantesque espace couvert dont chaque centimètre
carré semble occupé par des cages/bassins/bocaux. L'atmosphère y est rendu à la limite du respirable par une odeur insoutenable, mélange d'effluves émanant des milliers de cages renfermant des
dizaines de milliers d'animaux. Ajoutez au tableau les divers bruits émis par les joyeux occupants du lieux (vendeurs comme animaux) et vous obtenez une scène faisant passer l'arche de Noé pour le
Zoo Playmobil.
Passant devant les chats, tortues, hamster, cochons d'Inde, poissons de toutes tailles et de toutes couleurs, chiens, cafards, vers de terre, furets (un animal extrêmement populaire auprès nouveaux
riches locaux) et autres oiseaux; je me dirigeai vers l'objet de ma venue: les criquets.
Page culture: ceux qui voient l'élevage de criquets comme un passe temps arriéré pour vieux marginaux et Laowais en mal d'exotique se fourvoient. Le Criquet Fighting en Chine c'est sérieux, très
sérieux.
Les premières traces d'élevage de criquet remontent à la dynastie Tang (618-907). Longtemps confinée aux cercles aristocratiques, l'activité se démocratise peu à peu et les matchs génèrent des
paris pouvant représenter jusqu'à plusieurs mois de salaire. Interdite durant la période Maoïste car représentant les anciennes habitudes dont voulait se débarrasser le pouvoir d'alors.
Aujourd'hui, le qiu xing (voulant littéralement dire Plaisir d'Automne, en référence à la saison des combats)
revient très à la mode dans toutes les strates de la société Shanghaienne. Les criquets, attrapés dans les champs des régions du Shandong sont revendus à des hordes de locaux attirés par la
perspectives de gains pouvant être très élevés.
Si pour ma part j'ai choisi le Basic Package avec Criquet+Cage pour la modique somme de 30 kuais (le kit débutant en somme) , certains spécimens rares répondant à des critères bien précis (longueur
des dents, musculature des pâtes, taille etc...) peuvent atteindre des sommes dépassant confortablement les 1 000 € lors de ventes aux enchères endiablées (le record serait fixé, selon des écrits
apocryphes, à 10 000$). Elevés comme des champions et nourris à coup de mélanges énergétiques à base de Ginseng, ces bêtes de compétition sont les stars de la discipline et se voient offrir des
honneurs funéraires dignes d'un empereur de jadis!
Ci dessus: Cercueil pour criquet
En ce qui concerne les règles de la discipline: la saison des combats se déroule en automne (quelque chose à voir avec le métabolisme des criquets) et des championnats municipaux et même
provinciaux sont organisés à intervalles régulières. Préalablement au combat, une femelle est placée à proximité de l'arène (constitué d'un ring en plexi séparé en deux par une paroi amovible
retirée au moment du combat) afin d'exciter les protagonistes et les propriétaires titillent les antennes de leurs champions afin de permettre la pleine expression de leurs pulsions béliqueuses.
J'invite le lecteur à taper "cricket fight" sur youtube afin de profiter du spectacle de chinois déchaînes criant penchés au dessus d'une minuscule arène où le combat fait rage.
Me voici donc propriétaire d'un joli criquet vert foncé, d'une cage en bois. En tant qu'homme zélé ne faisant rien à moitié, j'ai également fait l'acquisition d'une joli petit promontoire sur
lequel la cage sera posée et d'un DVD sur l'élevage de criquet de combat. Le chemin du retour vers mon appartement fut bercé de rêves de victoires au prochain championnat municipal qui aurait lieu
le mois prochain. D'ici là, à moi de faire de mon animal un champion!

Hélas, trois fois hélas mes rêves de victoires furent vite douchés. Henry Kissinger (car après quelques hésitations c'est le nom que je lui attribua) ne semble pas très actif, ne chante pas et
semble plutôt amorphe. Question alimentation, mon champion en puissance semble apprécier le beurre de cacahuète... et c'est à peu près tout. Cependant il faut croire que le beurre de cacahuète fait
des miracles puisqu'après deux jours de silence, Henry Kissinger se mit à chanter joyeusement (un peu trop d'ailleurs au goût de mes colocataires qui refroidirent, littéralement, ses ardeurs en lui
offrant un petit passage au congélateur). Après son expérience polaire, Henry ne fut plus jamais le même. Avec une pâte en moins et un appétit perdu, le bon Henry éveilla en moi assez de pitié pour
que je me décide à le relâcher dans la nature.

C'en fut donc de mon expérience, prochaine étape: la tortue.
PS: je tiens à remercier l'ami Forster pour ses suggestion avisée de "Royal Rumble" et de combat type Criquets Vs Chien ou Criquet Vs Araignée. Je me pencherai sur la question dés que j'aurai assez
d'argent pour acquérir un vrai champion.
Par Kevin
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Publié dans : Insolite
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